À l’aube des last calls
Avec À l’aube des last calls, Cristina Moscini signe un roman sur l’alcoolisme au féminin, depuis l’euphorie des premiers verres jusqu’à la rudesse parfois lumineuse de la sobriété.
Construit en vingt-trois fragments à la première personne, le récit épouse les mouvements de la mémoire alcoolique : discontinue, sensorielle, traversée de trous noirs, d’élans de lucidité et de retours de honte. Sans jamais perdre sa force romanesque, Moscini explore les mécanismes de la dépendance et la manière dont l’alcool infiltre peu à peu les relations, le désir, le corps et jusqu’au langage.
Le ton navigue entre ironie mordante, vulnérabilité assumée et lucidité sans complaisance. Refusant autant le misérabilisme que le discours moral, l’autrice fait entendre une voix libre : celle d’une femme qui boit, qui sait qu’elle boit, qui trouve parfois dans l’ivresse une forme de puissance ou d’abandon, mais qui mesure aussi le prix intime de cette fuite.
Par son écriture nerveuse et incarnée, À l’aube des last calls donne à voir l’expérience féminine de l’alcoolisme dans toute sa complexité. Chaque scène agit comme un éclat de mémoire : un verre de trop, une nuit brouillée, un réveil difficile, une tentative de reprise de soi. De cette succession de fragments émerge peu à peu le portrait d’une femme qui choisit, malgré tout, de survivre.
Mots clés: ALCOOLISME AU FÉMININ · SOBRIÉTÉ · AUTOFICTION QUÉBÉCOISE · RÉCITS DE VIE · DÉPENDANCE · IDENTITÉ FÉMININE · RÉSILIENCE · MÉMOIRE
Je me suis longtemps sentie dans la file d’attente de ma propre vie. Boire, c’était comme faire avancer le temps au bar d’aéroport de mes limbes, en attendant qu’il arrive enfin de quoi qui me fasse décoller. Geler mon mal jusqu’au lendemain. Boire pour fendre les jours. Boire pour maquiller les nuits.
L’alcool m’a sauvegardée en vie et la sobriété m’a sauvé la vie.
