Partout, la nuit
Dans Partout, la nuit, Chantale Gingras signe un recueil de nouvelles où la violence du quotidien se révèle comme la vérité la mieux gardée du monde ordinaire.
Dix-huit nouvelles composent ce livre qui avance masqué : sous des décors familiers (banlieue, piscine municipale, autobus de nuit, chalet au bord du lac) se déploient des destins fracturés, des actes impensables et des silences qui pèsent autant que des coups. La forme courte est ici pleinement assumée, parfois portée à son extrême dans des textes où la chute arrache littéralement la parole. Le ton varie du sobre au lyrique, de l’ironique au clinique, mais l’œil de Gingras sur l’humain reste impitoyable.
Partout, la nuit s’inscrit dans la tradition de la nouvelle québécoise tout en portant une voix unique, féminine et dérangeante, capable de faire du familier un territoire de l’effroi. Chantale Gingras confirme ici qu’elle appartient à cette lignée d’autrices pour qui la forme brève est une arme d’une redoutable efficacité.
Mots clés : NOUVELLE QUÉBÉCOISE · RÉALISME MAGIQUE · VIOLENCE DOMESTIQUE · MAL ORDINAIRE · DESTINS FRACTURÉS · NOIRCEUR SOCIALE · HUIS CLOS
Alors Henri jeta un œil au liquide brunâtre resté au fond de sa tasse et il se dit qu’il en avait assez. Assez du thé. Assez de ces longues minutes retenu à table, à regarder les miettes répandues sur la nappe tandis que sa femme soliloquait à propos des micros-événements de la journée et du ménage qu’il faudrait faire le lendemain. Il se leva d’un trait, et sortit de la cuisine. Pour l’heure, c’est tout ce qu’il arrive à faire. Mais c’était déjà beaucoup : la porte donnait sur le dehors.
Il fut accueilli par un vent en colère. Il en eut d’abord le souffle coupé, puis il décida d’inspirer à fond ce vent destiné à faire bouger les choses.
